Je pense qu’il est difficile de changer. Mais quand on dit changer, de quel changement parle-t-on ?

Gregory Bateson et les deux types de changement

Gregory Bateson, anthropologue, psychologue et épistémologue américain est l’un des fondateurs de l’école de Palo Alto, célèbre courant de pensée et de recherche né au début des années 1950. Bateson a jeté les bases de la systémique moderne. Selon lui, il existe deux types de changement dans les systèmes humains :

1/ Le changement de type 1 (Homéostasie)

A l’intérieur d’un système (ensemble d’éléments en interaction), le changement de type 1 permet de maintenir son équilibre. Il s’agit de mesures correctrices d’adaptation sur les éléments internes ou externes qui menaceraient son équilibre.
La boutade ” plus ça change et plus c’est la même chose ” résume parfaitement ce type de changement.

Reprenons deux exemples proposés par Paul Watzlawick.

Exemple 1 : l’accélérateur de la voiture qui permet d’aller plus vite tout en conservant le même régime.

Exemple 2 :  Il en va de même pour le thermostat qui régule la température d’une pièce afin de la maintenir à un niveau d’’équilibre.

Si le changement de type 1 ne suffit pas, il va y avoir une crise. Si on ne fait pas le changement de type 2, le système va régresser et s’effondrer.

Ainsi, dans le cas de l’exemple 1, imaginez-vous face à une côte très abrupte (changement de contexte). Si vous ne faites qu’accélérer ” un peu plus “, n’effectueriez qu’un changement de niveau 1. Or, cette solution amplifierait le problème car votre voiture, à court de puissance, avancerait de plus en plus difficilement et finirait sans doute par caler.

2/ Le changement de type 2 (Evolution)

Le changement de type 2 affecte et modifie le système. Ce sont des bouleversements qui aboutissent à l’évolution du système.

Dans le cas d’un changement personnel, ce changement peut passer par un recadrage, une réinterprétation de la réalité, un changement de vision du monde ou encore une intervention paradoxale.

Exemple : en thérapie, cela peut consister à prescrire à une personne qui souffre de sa maniaquerie, de doubler le temps passer à faire le ménage. Cela va « enrayer la machine » et probablement déboucher sur une prise de conscience de l’excès dans lequel elle se trouve et « lever le pied » concernant le ménage (= changement de type 2).

Exemple 1 :  Si l’on reprend l’exemple de la voiture, le changement 2 correspondrait à une intervention sur le levier de vitesse qui, en modifiant le régime de la voiture, la fera passer à un niveau supérieur de puissance.

Le changement dans la pensée chinoise et dans la pensée occidentale

J’ai indiqué plus haut que si le changement de type 1 ne suffisait pas, cela provoquerait très probablement une crise.

Ce terme est plutôt négatif et assez anxiogène, pour nous occidentaux.

Or, le mot chinois qui signifie crise est wei ji. Wei signifie « danger » tandis que ji signifie opportunité de changement. On voit bien ici que le mot crise porte en lui du négatif et du positif.

Nietzsche ne disait-il pas : « Ce qui ne me tue pas me rend plus fort ».

Par ailleurs, dans le Yi King (que l’on peut traduire par « Classique des changements » ou « Traité canonique des mutations »), il est écrit que le changement est l’essence même du monde. Le monde phénoménal est une succession de transformation engendrées par la dynamique permanente ente le Yin et le Yang. Ils symbolisent les deux composantes inséparables, opposées et complémentaires dans l’unité de tout ce qui existe.

A contrario, dans la pensée occidentale, le changement est souvent perçu et vécu comme une rupture avec un moment de bascule particulièrement soudain, inquiétant voire imprévisible. Il y a un avant et un après et une remise ne cause de l’existant).  Il existe ainsi en Europe une mythologie de la rupture. On peut penser ici à Copernic ou Galilée.

La pensée chinoise est plutôt dans la transition continue. Le monde est un flux d’énergie qui se régule et se renouvelle. On ne coupe pas le cours des choses. Ainsi, de même que le temps ne s’arrête jamais, le Yin et le Yang se transforment sans cesse mutuellement et constamment l’un en l’autre : la nuit se transforme en jour, le repose suit l’activité, après l’expiration vient l’inspiration.

Ce petit détour me semblait nécessaire pour relativiser et dédramatiser le changement.

Pourquoi est-ce si difficile de changer ?

Pour autant, changer peut être difficile surtout si :

  • Le changement est imposé,
  • Le changement est important, majeur, radical,
  • Si le temps pour vivre la transition est très court, trop court.

Mais pourquoi est-ce si difficile de changer ?

  1. Tout d’abord, parce que notre comportement est déterminé par notre milieu social et culturel. Il est ce qui nous a construit et structuré d’où une certaine stabilité et une certaine régularité de nos comportements.
  2. Par ailleurs, changer c’est sortir de sa zone de confort. Quitter (renoncer)ce que l’on connaît, perdre ses repères peut être source d’anxiété et de tristesse, un peu comme lors d’un deuil.
  3. Enfin, changer c’est prendre le risque de se projeter dans l’inconnu. Investir dans quelque chose de nouveau, peut-être se tromper (sur l’erreur, je vous invite à lire mon article « Errare humanum est, perseverare diabolicum »). C’est aussi, gérer l’incertitude, lâcher prise, déstabiliser un équilibre qui pouvait nous convenir ainsi qu’à notre entourage. Cela peut générer de la peur, bien sûr et de la colère (contre soi si on n’y arrive pas et colère de l’entourage qui n’est pas d’accord pour que nous changions).

Une des pistes pour accompagner le changement et le rendre moins difficile, c’est la confiance (Lire l’article « Les conditions de la confiance »). Confiance en soi, confiance en l’autre, confiance en la vie. Ne pas lutter contre mais être dans le mouvement, suivre le courant de la vie, le flow, comme on dit aujourd’hui, accepter ce qui arrive et s’en réjouir.

Mariette Strub

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