L’objectif de l’art-thérapie est d’induire un processus de changement à travers la médiation artistique. Si l’on se place d’un point de vue strictement psychanalytique, il s’agit, dans le cadre d’un atelier de drama-thérapie, d’articuler les pulsions à des représentations positives, de les réorienter symboliquement afin qu’elles puissent trouver une issue symbolique et s’exprimer au dehors de la personne (catharsis).

Or, pour qu’il y ait théâtre, il doit y avoir articulation entre imaginaire et symbolique (geste, parole, …). Ce mécanisme de catharsis (c’est-à-dire l’expression des affects dans un processus de réorganisation symbolique positive) est possible à travers, les éléments suivants qui constituent la spécificité du théâtre :

L’espace scénique

La scène constitue un espace de jeu, de représentation ritualisé qui permet d’accéder à l’imaginaire. Et ce d’autant plus que la relation spéculaire repose sur la dénégation du public qui sait parfaitement que ce qui se joue sur scène n’est pas vrai. Le  » faire semblant », « faire comme si » ouvre ainsi les portes de l’imaginaire. En effet, le théâtre n’est en aucun cas une reproduction du réel ; il en est une transposition, une métaphorisation. On peut même aller plus loin en se référant à Aristote. Selon lui, l’apprentissage se fait par mimésis (représentation). Ainsi, puisque tout comportement est mimesis, le théâtre est la mimesis d’une mimesis c’est-à-dire un simulacre (= une représentation figurée de quelque chose). Il renvoie là encore à la symbolisation.
Par ailleurs, cet espace renvoie à l’espace transitionnel Winnicottien (ou champ de l’illusion). Cette aire intermédiaire entre le Moi et le non-Moi que l’enfant va concevoir pour renoncer à la toute puissance et reconnaître la réalité extérieure.

Le personnage

Le théâtre passe par le réel dans la mesure où la personne de l’acteur nourrit le personnage. Mais celui-ci est également une construction imaginaire et symbolique. A cet égard, le personnage constitue, comme le texte d’ailleurs, un objet transitionnel, celui-là même qui a permis à l’enfant d’effectuer la transition entre la relation symbiotique à la mère et la relation à l’autre ; cet objet, qui permet de penser l’absence de la mère et d’accéder ainsi à la pensée symbolique. Le personnage est contenant dans la mesure où lorsque l’on joue, on est protégé psychiquement.

Le corps

Le corps de l’acteur est tout entier impliqué, engagé dans le jeu théâtral. Au théâtre, dire c’est faire. On pose des actes. Dans la mesure où l’on conçoit le théâtre comme une rencontre, un corps à corps, ce corps devient un élément fondamental situé au cœur de la dynamique de l’interprétation. Le jeu théâtral part du corps, se construit à travers lui et y aboutit. A ce titre, il occupe, sur le plan métaphorique, la place d’un objet transitionnel situé entre le sujet (aux prises avec le Réel) et l’acteur (aux prises avec le monde Imaginaire et Symbolique). Le corps devient le lieu médiateur permettant au patient le passage entre ce qu’il est au quotidien et ce qu’il devient en tant que personnage.

La place de l’autre

Sur scène et comme le disait Rimbaud « Je est un autre ». Il est donc ici question de la place de l’autre, de l’altérité. En effet, le théâtre, c’est la découverte de la parole de l’autre. Il y a mise en relation de l’autre en soi et de l’autre en dehors de soi. Rappelons-nous qu’au théâtre, la parole est toujours adressée.

Le regard

On ne peut entrer en scène que lorsque l’on a travaillé la capacité d’être seul en scène. On apprend à apprivoiser et à s’affranchir du regard de l’autre par le corps, notamment en gérant l’angoisse de persécution. Le regard de l’autre est aussi un regard de plaisir et de désir. En étant tour à tour sujet jouant et sujet regardant, on apprend la générosité et la bienveillance. Le regard du groupe devient alors porteur, protecteur ce qui va fortifier la confiance en soi et permettra l’accès à l’imaginaire. Le regard du groupe mais aussi celui de l’animateur renvoie bien sûr au regard de cette « mère suffisamment bonne » qui permet à l’enfant de se découvrir différent d’elle et de se percevoir comme un être capable de ressentir et de penser par lui-même.

La spécularité

Etymologiquement, « theatrom » signifie « le lieu d’où l’on voit ». L’espace scénique renvoie très certainement au « Stade du Miroir » (Cf. Lacan), ce moment au cours duquel l’enfant face au miroir découvre que l’image spéculaire, c’est lui et qu’il anticipe alors la maîtrise de son unité corporelle.

Le plaisir

Le comédien est plongé en plein narcissisme dans la mesure où il se donne du plaisir sous le regard de l’autre auquel il donne du plaisir. Or, tout l’enjeu de l’art-thérapie est de rentrer dans un processus de renarcissisation préalable indispensable à la (re)mise en route du processus d’individuation.

Le travail de l’acteur

Il passe par trois temps : 1) je ressens, 2) j’exprime, 3) je signifie. C’est entre les temps 1) et 2) que le processus de transformation sera à l’oeuvre. Puis dans le 3ème temps, il y aura élaboration du signe c’est-à-dire de ce qui est donné à voir.

Le théâtre dans ses différentes composantes est un outil de médiation particulièrement puissant dans tout travail qu’il soit à visée thérapeutique ou à visée transformationnelle.

Mariette Strub

Ces réflexions sont issues du cours passionnant que j’ai eu le plaisir de recevoir de Jean-Jacques Mutin dans le cadre du D.U. Art en thérapie de Paris V. Jean-Jacques Mutin est metteur en scène et intervient dans le cursus d’études théâtrales à l’université d’Aix-en-Provence.
Je souhaite partager avec vous ces réflexions.

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