Le burnout peut être appréhendé en tant que processus et stade final du stress professionnel.
Quels sont les 4 stades qui conduisent au burnout ?
1/ Euphorie, enthousiasme
Dans cette toute 1ère phase, l’entreprise, les collègues, le travail, tout est nouveau, tout est beau. Il y a une forme d’aveuglement, d’enthousiasme, d’euphorie qui conduit le plus souvent à un fort engagement de la personne. Elle travaille beaucoup, ne compte pas ses heures, amène du travail à la maison, sort de ses prérogatives, fait plus que ce qui lui est demandé.
Il se joue ici plusieurs choses. Tout d’abord, la personne peut chercher à s’intégrer sur le plan social. C’est le cas lorsqu’on vient d’être recruté ou que l’on rejoint une nouvelle équipe, un nouveau projet. La personne essaye de se montrer sous son meilleur profil, avenante, disponible, coopérative, empathique. Elle proposera même son aide sans compter.
De plus, elle peut également chercher à rassurer son employeur, son responsable hiérarchique, ses collaborateurs et collègues – et à se rassurer parfois aussi – qu’elle est un bon élément, une bonne recrue. La personne va alors déployer tout l’éventail de ses talents et parfois plus encore, allant au-delà de sa zone de compétence et de confort.
Enfin, il peut aussi y avoir un enjeu plus personnel voire plus existentiel : faire du bon travail, nourrir des ambitions d’évolution, entrer dans une communauté pour se sentir moins seul, …
C’est ainsi que la personne acceptera une charge de travail démesurée ou allant croissant, des responsabilités motivantes et valorisantes et restera aveugle aux dysfonctionnements pourtant présents dans la situation. (Voir ci-après les causes du burnout).
Et lorsque cet engrenage s’est mis en branle et que le pas est pris, ce contexte peut conduire à un surinvestissement.
Je souhaite ici ouvrir une parenthèse et rendre hommage à Jacques Nimier psychologue et professeur des universités qui en 2008 faisait une brillante conférence à l’Ecole de Management de Grenoble sur la motivation. Jacques Nimier préférait à ce concept flou de motivation, celui d’investissement.
Pour Jacques Nimier, l’investissement peut s’entendre de 3 façons différentes :
- Investir quelqu’un (un roi, un président, un enseignant)
Lui remettre du pouvoir qu’à priori il n’a pas.
- Investir un château fort
L’entourer, l’attaquer pour entrer dedans.
- Investir de l’agent en bourse
Mettre de l’argent sur quelque chose, une action car on en attend un retour, quelque chose.
Au sens psychologique, c’est la même chose. Investir c’est mettre sur une représentation une énergie psychique pour en tirer quelque chose. Cela donne une énergie et j’en attends quelque chose en retour.
Ainsi, si l’on revient à notre 1er stade, la personne aura probablement associé à sa situation de travail une représentation c’est-à-dire, une construction qui s’est faite à partir de ce qui lui parvient du réel et en même temps des acquis de sa mémoire et de ses fantasmes (ses rêves, ses espoirs, …). C’est cette représentation qui sera à la base de l’investissement. C’est parce que la personne aura construit une représentation qui l’intéresse qu’elle pourra investir son travail. D’investir à surinvestir, il n’y a parfois qu’un pas.
Et évidemment plus l’on s’est engagé, plus l’énergie psychique associée à la situation est importante, plus la déconvenue, le retour au réel sera brutal.
C’est là qu’on arrive au 2e stade.
2/ Réalisme
La personne ici ouvre les yeux. Elle prend conscience que ce qu’elle espérait tirer de son investissement ne vient pas ou n’est pas à la hauteur de ce qu’elle attendait. L’équation [contribution = rétribution] ne fonctionne pas. Elle observe avec plus de réalisme que l’équation est plutôt [contribution > à rétribution]. J’entends par rétribution pas seulement les contreparties financières mais aussi ce qui relève des gratifications symboliques comme être remercié pour les efforts accomplis, se voir confier de nouvelles responsabilités, recevoir un courriel de félicitations, être consulté sur des décisions importantes, être pressenti pour recevoir une formation prestigieuse, …
Cette confrontation au réel peut faire émerger un début de mécontentement et commencer à ébranler l’engagement sans faille dont la personne avait fait preuve jusqu’ici.
3/ Frustration, ressentiment
Vient alors le 3e stade. L’engagement massif dont a fait preuve la personne la conduit à du surmenage. La fatigue peut s’installer, le stress également. L’infaillibilité et la performance peuvent faiblir. La personne fait des erreurs, oubli des échéances importantes, commet des impairs. Elle devient irritable, elle est moins à l’écoute, devient intolérante. Parfois elle commence à recevoir des feedbacks négatifs qui l’amène petit à petit à remettre en question ses compétences. Elle est ébranlée. Dans d’autres cas, le sentiment qui prédomine est celui d’avoir beaucoup donné, de « ne plus avoir de jus » comme on dit, d’avoir fait le tour du job. Et alors, c’est l’ennui qui s’installe.
4/ Apathie, effondrement
Et alors, sans crier gare, d’une façon extrêmement insidieuse, une torpeur envahit la personne, elle se désinvestit de la relation à l’autre. Elle est émotionnellement épuisée et sombre dans une profonde dépression.
Le burnout peut aussi s’appréhender comme un état, un syndrome multidimensionnel. Il comprend 3 composantes principales.
Quelles sont les 3 composantes burnout en tant que syndrome ?
1/ L’épuisement émotionnel
On observe une absence quasi-totale d’énergie. La personne pense qu’elle n’a aucun moyen de recharger ses batteries.
2/ Le désengagement de la relation à l’autre et du travail
La personne adopte une attitude négative. Elle semble comme détachée de la situation. Elle perd son idéalisme. Elle a un sentiment de dépersonnalisation voire de réification, de sujet, elle devient objet.
3/ La diminution du sens de l’accomplissement et de la réalisation de soi
La personne perd confiance en elle. Le regard qu’elle pose sur elle-même est négatif/ Elle se dévalorise. Elle entre dans un état dépressif et se trouve dans l’incapacité de faire face à ses obligations professionnelles.
Ainsi, on observe qu’un surinvestissement psychologique va générer une réduction des ressources physiques et psychiques, puis un épuisement émotionnel, un désinvestissement et une réduction du sentiment de réalisation de soi.
Quelles sont les causes du burnout ?
On distingue fréquemment deux grandes familles de causes du burnout.
- Les variables professionnelles et organisationnelles
La charge de travail, le rythme de travail, le manque de contrôle de la personne sur les tâches ou sur les demandes professionnelles, des conflits de rôles, des demandes contradictoires, des exigences fortes et une insuffisance des moyens mis à disposition, un manque de soutien social.
- Les variables inter et intra individuelles
Les variables interindividuelles relèvent des violences internes et externes telles que les agressions, les conflits, le harcèlement, …
Les variables intra individuelles renvoient aux caractéristiques personnelles de la personne telles que le manque d’audace, un locus of control externe ou encore un coping centré sur les émotions plutôt que sur le problème.
Quelles sont les symptômes du burnout ?
La dimension cognitive
- Fatigue intellectuelle
- Pensées focalisées sur le sentiment d’inefficacité
La dimension émotionnelle
- Incapacité à exprimer des émotions positives
- Froideur et tristesse
- Fatigue émotionnelle
La dimension relationnelle
- Difficultés relationnelles : l’autres est source de stress, de malaise, de problème
- Fuite, évitement, désengagement
- Mépris, cynisme
Pour conclure, nous pouvons affirmer que le burnout est une souffrance psychique consécutive à des situations chroniques de stress relationnel pathogène pour lesquelles la personne n’a aucun coping disponible. En d’autres termes, le burnout est l’étape ultime d’un processus d’accumulation de situations stressantes auxquelles elle n’a pas su faire face. La communauté scientifique s’accorde d’ailleurs à dire que le burnout est un trouble de l’adaptation.
Mariette Strub

