Le SPT (ou Théâtre de Présence Sociale) est une méthode constituée de plusieurs pratiques fait partie des nombreux outils de la théorie U ou théorie du changement transformationnel développée et conceptualisée par Otto Scharmer au début du siècle. Elle est issue de son travail de recherche et de son activité de consultant auprès de leaders initiateurs de changements profonds. Elle propose une modélisation du processus créatif dans lequel on passe de la feuille blanche à l’émergence d’une intuition ou d’une intention forte, puis à une réalité nouvelle qui se fait jour peu à peu. Cette démarche structurante permet d’accompagner les changements tant individuels que collectifs.

La théorie U vient répondre aux 3 ruptures du monde moderne dans lequel nous vivons tous :
1/ Rupture écologique. Elle nous sépare de la nature et comprend la bulle écologique (nous utilisons une Terre et demi), la bulle des revenus (1% de personnes en détient 50%) et la bulle financière (l’économie réelle s’appauvrit).
2/ Rupture socio-économique. Elle nous sépare les uns des autres. Elle comprend la bulle technologique (la technologie ne répond pas toujours à nos réels besoins) et la bulle du leadership (le pouvoir et les institutions sont coupées de la base).
3/ Rupture culturelle et spirituelle. Elle nous sépare de la nature et comprend la bulle consumériste (consommer ne rend pas heureux), la bulle de gouvernance (des milliards de laissés pour compte) et la bulle de la propriété privée (mésusage des biens communs).

 L’approche proposée dans la théorie U – et il en va de même des pratiques qui la constituent – est expérientielle (elle s’appuie sur l’expérimentation faite d’essais, d’erreurs et d’enseignements tirés), holistique dans la mesure où elle s’adresse à l’humain dans sa globalité (tête, corps, cœur) et systémique dans la mesure où nous sommes tous en connexion les uns aux autres et au monde.

Une des pratiques s’appelle le SPT (ou Social Presencing Theatre).  C’est un outil puissant pour accompagner les personnes, les équipes et les organisations engagées dans un processus transformationnel. Créé par Arawana Hayashi (à gauche sur la photo) et Otto Scharmer, cofondateurs du Presencing Institute, le Théâtre de la Présence Sociale prend sa source au croisement de la méditation, des arts scéniques et de la transformation sociale. Le SPT, est basé sur l’intelligence du corps qui permet de rendre visible les dynamiques relationnelles présente dans le champ social des équipes de travail, des organisations et des systèmes. Arawana parle de sculpture du champ social.

Le champ social est la partie immatérielle, invisible pour certains d’entre nous du système dans lequel nous évoluons. Il est constitué de l’ensemble des relations et des dynamiques du système (liens, conflits, hiérarchies, alliances, …).

Dans cette pratique de l’intériorité, Arawana distingue 3 corps :

  • Le corps dans sa dimension organique: il s’agit de s’ancrer dans la terre afin d’être pleinement conscient de ce porte notre corps en connexion avec la situation (problématique, difficulté, blocage) sur laquelle on va travailler.
  • Le corps social: il s’agit de définir un champ d’expérimentation auquel on va se connecter.
  • Le corps spirituel: il s’agit de percevoir l’univers, notre inclusion dans le grand Tout et notre but noble.

 Ces 3 corps, si tant est que nous leur portons attention, sont sources de créativité et d’innovation. Ils nous conduisent vers l’action juste et nous invitent à voir le potentiel émergent dans chaque situation étudiée.

Un des éléments clés utilisé en SPT est le Ma.

Le MA (間), est un terme japonais qui signifie « intervalle », « espace », « durée », « distance ». Son kanji symbolise un soleil entouré par une porte. Ce terme est employé comme concept d’esthétique, il fait référence aux variations subjectives du vide (silence, espace, durée, …) qui relie deux objets, deux phénomènes séparés.

Pour la philosophe Noriko Hashimoto, le silence du ma est le résultat d’une concentration parfaite, la cristallisation d’un pouvoir d’intériorisation en tant qu’être. Cela renvoie au professionnalisme de l’exécutant, à la fois complètement investi dans l’action, mais conservant suffisamment de recul pour apprécier l’effet l’ensemble, le sens de l’enchaînement, le sens de la performance d’ensemble.

En musique, le ma est la pause (suspension) qui crée le rythme, le silence entre deux phrasés musicaux.

En danse, le ma est la pause (suspension) qui crée le rythme, l’inaction entre deux mouvements.

Au théâtre, le ma est une petite pause marquée pour laisser à la réplique le temps de porter, de faire son effet, immobilité active.

En architecture, le ma, est une transition vide qui sépare et relie deux espaces ou l’intérieur et l’extérieur. Il est aussi associé à la notion de bordure, le bout, le liseré, le cadre, la plateforme ou véranda qui ourle la maison traditionnelle et où l’on n’est ni vraiment dehors ni vraiment dedans. Il signifie enfin : portique, seuil, marche, galerie, chemin de gravier.

En mode, le ma est un espace intéressant entre la peau et le tissu. Chaque anatomie étant différente, le ma est toujours unique et crée une forme spécifique à l’individu.

Dans les arts martiaux, le ma-ai désigne l’espace entre deux adversaires qui détermine le protocole du salut et de l’engagement du combat, non seulement la distance entre les deux adversaires, mais aussi le temps qu’il faut pour franchir cette distance.

 

Enfin, cette pratique s’appuie sur l’écoute, de soi de l’autre, du champ social. Elle s’inscrit dans un rythme progressif qui permet de (re)trouver cette connexion à soi, à l’autre et au monde. Elle fait le pari de l’intelligence collective et de l’intelligence du champ social. Elle part du corps et dans une certaine mesure, elle nous déconnecte du mental. Elle s’appuie sur la conviction profonde que chacun d’entre nous a sa place ici dans le monde. Elle témoigne d’un souci constant de notre « reliance » à la Terre. Elle nous invite au respect du bien-être de chacun et du collectif et à la gratitude vis-à-vis de ce qui est.

 

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