QU’EST-CE QUE LE RAPPORT AU SAVOIR ?

Il peut se définir comme  » un processus par lequel un sujet, à partir de savoirs acquis, produit de nouveaux savoirs singuliers lui permettant de penser, de transformer et de sentir le monde naturel et social « .

Un processus évolutif.
En tant que processus, le rapport au savoir, n’est jamais figé mais évolue tout au long de la vie, à partir de ce que nous savons ou non et de la façon dont nous nous situons par rapport à ces savoirs et au fait même de savoir ou de ne pas savoir. Ces « dispositions  » nous permettent alors d’acquérir de nouveaux savoirs et d’en transmettre ou d’en écarter certains, ce qui contribue à faire évoluer notre rapport au savoir.

Un processus singulier.
Le rapport au savoir se construit en fonction de l’histoire de chacun et chacune et s’insère donc dans une dynamique familiale, sociale et historique.

Un processus en prise avec l’inconscient.
Lorsque l’on parle du rapport au savoir, Il est question du sujet et de la relation qu’il entretient avec l’objet-savoir. Nous pénétrons donc ici dans la dimension inconsciente.En psychanalyse, « l’objet, corrélatif de la pulsion est ce en quoi et par quoi celle-ci cherche à atteindre son but, à savoir un certain type de satisfaction. Il peut s’agir d’une personne ou d’un objet partiel, d’un objet réel ou d’un objet fantasmatique » (Laplanche et Pontalis). Il est un support de l’investissement affectif et pulsionnel, soumis en tant que tel à des projections et des fantasmes.

L’ECLAIRAGE DE LA PSYCHANALYSE

– Désir et Savoir

Si le savoir est objet, au sens psychanalytique du terme, le désir et en particulier le désir de savoir jouent un rôle essentiel. Le désir de savoir rejoint le désir de se réaliser ou d’obtenir ce que l’on pense que le savoir apporte (par exemple la reconnaissance et l’amour de l’autre). Il est lié au premier désir qui nous porte, le désir du désir d’autrui, désir d’être désiré et donc reconnu comme un être de valeur, dans la lutte permanente que nous menons pour refouler le doute et l’angoisse.

– Affects et Savoir

Le savoir est étroitement lié aux affects. On peut distinguer :

– les émotions liées au contenu du savoir
Nous nous apercevons que chacun de nous investit chaque domaine de façon particulière (« le bricolage, ce n’est pas pour moi », « je ne suis pas créative », «l’informatique, c’est mon truc », …). Au delà du contenu manifeste de chacune des disciplines c’est-à-dire au delà des compétences et aptitudes objectives requises et mobilisées pour l’exercer, toute discipline ou activité recèle un contenu latent qui met en jeu du symbolique et interpelle le sujet sur le plan inconscient.

– les émotions liées au fait de vouloir savoir
Nous touchons ici à la problématique du secret et des interdits familiaux, sociaux, culturels, … Dans tout couple, il existe un pacte dénégatif fondateur. Il s’agit de choses dont il est convenu implicitement que nous ne parlerons pas sous peine de dissoudre le couple. Tout enfant va se structurer autour de ce « secret parental ». C’est pourquoi, nos choix de savoir dépendant de notre psychisme personnel. Il y a des champs disciplinaires dont on veut tout savoir et d’autres dont on ne veut surtout rien savoir. D’où la grande difficulté des chercheurs, universitaires et autres experts à fonctionner dans la transversalité disciplinaire.
Par ailleurs, vouloir savoir s’apparente à une boulimie frénétique qui renvoie à un désir de toute puissance. Or, apprendre, c’est se mettre dans une posture d’humilité, renoncer à la toute puissance et accepter de ne pas tout savoir.

– les émotions liées au fait même d’apprendre
Le petit d’homme naît prématurément. Il est donc dépendant de ses parents et habité par la peur de l’abandon. Le nouveau né est soumis à l’autorité de ses parents, celle-ci prenant appui et « jouant » sur cette peur.
Le savoir est d’abord un attribut parental et apprendre revient à s’approprier ce savoir parental, à s’en emparer, ce qui peut être vécu comme une transgression. Apprendre, c’est grandir en prenant le risque que l’adulte ne nous le reproche. Paradoxalement, apprendre c’est aussi, renoncer aux bénéfices secondaires que procure le fait d’être un enfant. C’est ainsi que tout processus d’émancipation s’accompagne d’un sentiment de culpabilité.

– Savoir et autonomie

On vient de voir ci-dessus, à quel point apprentissage et autonomie sont liés. Cette volonté de s’affranchir, légitime et dans l’ordre des choses est un chemin qui peut s’avérer difficile puisqu’il s’agit de « rompre le lien » de dépendance avec ceux (les parents) grâce auxquels nous sommes ce que nous sommes (enfin pour partie !!!). La reconnaissance ou dette que nous avons à leur égard s’accompagne également d’un sentiment de culpabilité dû à ce geste d’ingratitude avec lequel il va nous falloir nous arranger, nous accommoder.

L’ECLAIRAGE DE L’ANTHROPOLOGIE

Etre humain c’est s’inscrire dans trois mouvements que sont : le don, la dette et le contre don (ou don en retour).
Par le fait même d’être sur terre, chacun d’entre nous est en dette de vie par rapport à l’humanité, au Créateur et est redevable aux autres humains. Tout enfant devra sortir de sa dette imaginaire (identification) vis-à-vis de ses parents et accéder au symbolique, s’il souhaite entrer dans l’apprentissage. Apprendre, c’est accepter d’être en dette, c’est accepter la mort et s’inscrire dans une filiation, dans un ordre symbolique. C’est reconnaître et intégrer l’ancêtre fondateur comme début de la généalogie.
Lorsque l’on ne se soumet pas à l’ordre symbolique de l’ancêtre fondateur, c’est comme si l’on se prenait pour Dieu et l’on se croyait immortel (déni de la mort et fantasme d’auto-engendrement). Il y a alors rupture de transmission, c’est-à-dire une porte ouverte à des structures psychiques de type schizoïde.
Le passage de la dette imaginaire à la dette symbolique se fera par une production personnelle (faire quelque chose de sa vie et du savoir qu’on a reçu). Il revient à chacun de décider de la forme que prendra sa restitution singulière (ou contre don).

En guise de conclusion, je vous propose un retour sur vous-même.

Et vous, quel est votre rapport au savoir ?

– Qu’est-ce qui vous plait dans le fait de savoir, d’apprendre ou de transmettre ?
– Quelles sont les émotions que vous ressentez quand vous êtes dans chacune de ces trois positions ?
– Quels sont les enjeux pour vous ?

Mariette Strub

Cet article est inspiré par la brillante conférence de Françoise Hatchuel, maître de conférence à Paris X, en Sciences de l’Education, réalisée dans le cadre du cycle de conférences de l’ISP-Faculté d’éducation-Institut Catholique de Paris

2 thoughts on “Échec scolaire et difficulté d’apprendre : un éclairage psychanalytique et anthropologique

  1. Il serait intéressant de citer la source principale de cet article à savoir la conférence de Françoise Hatchuel, donnée dans le cadre du cycle de conférences de l’ISP-Formation, le 13 mars 2006. Le texte proposé sur le blog étant essentiellement la prise de notes effectuée lors de la conférence.

    Nicole Priou
    ISP Formation, responsable du cycle en question

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