Dans le « Rapport sur la détermination, la mesure et le suivi des risques psychosociaux au travail » remis par Philippe Nasse (magistrat honoraire) et Patrick Légeron (médecin psychiatre) à Xavier Bertrand (Ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité) le 12 mars 2008, il est dit que :

Le plus récent rapport de l’Observatoire européen des risques de l’Agence Européenne de santé et de sécurité au travail, confirme que les importants changements survenus dans le monde du travail ces dernières décennies ont entraîné l’émergence de risques nouveaux dans le domaine de la sécurité et de la santé au travail : les risques psychosociaux. Ces risques psychosociaux font référence à de nombreuses situations : stress, harcèlement moral, violence, souffrance, suicide, dépression, troubles musculo-squelettiques, etc.

La pratique internationale propose une approche qui distingue trois niveaux :
– en amont : les dangers porteurs de risques,
– les risques eux-mêmes,
– en aval : les dommages causés par l’occurrence de ces risques.

Par ailleurs, de nombreuses études internationales font aussi apparaître le stress comme le plus fréquent des risques psychosociaux. Ainsi, on estime qu’au sein de l’Union européenne 22% des salariés souffrent de stress au travail, alors que 5% ont subi un harcèlement et 5% sont victimes de violence physique. De plus, selon l’Agence européenne de sécurité et de santé au travail, le stress est le problème de santé le plus répandu dans le monde du travail et le nombre de personnes souffrant d’un état de stress causé ou aggravé par le travail va probablement augmenter.
Cette place particulière du stress a été reconnue également par les partenaires sociaux européens qui ont décidé de distinguer le stress d’autres risques psychosociaux dans les accords cadres qu’ils ont élaborés. D’ailleurs, le premier accord cadre signé le 8 octobre 2004 par l’ensemble de ces partenaires a été exclusivement consacré au stress au travail.

Pour l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, « un état de stress
survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. Bien que le processus d’évaluation des contraintes et des ressources soit d’ordre psychologique, les effets du stress ne sont pas, eux, uniquement de même nature. Ils affectent également la santé physique, le bien-être et la productivité ».

L’accord cadre européen d’octobre 2004, quant à lui, donne du stress, la définition suivante : « le stress est un état accompagné de plaintes ou dysfonctionnements physiques, psychologiques ou sociaux, et qui résulte du fait que les individus se sentent inaptes à combler un écart avec les exigences ou les attentes les concernant. L’individu est capable de gérer la pression à court terme qui peut être considérée comme positive mais il éprouve de grandes difficultés face à une exposition prolongée à des pressions intenses. En outre, différents individus peuvent réagir de manière différente à des situations similaires et un même individu peut, à différents moments de sa vie, réagir différemment à des situations similaires. Le stress n’est pas une maladie mais une exposition prolongée au stress peut réduire l’efficacité au travail et peut causer des problèmes de santé.»

QUELLES SONT LES SOURCES DU STRESS ? (Source INRS)

Les raisons de ce déséquilibre sont variées et peuvent être dues :

– au contenu du travail à effectuer : Surcharge ou sous-charge de travail, exigences qualitatives excessives, monotonie, répétition, …
– à l’organisation du travail : Répartition et planification des tâches, imposée ou inadaptée, imprécision des missions, exigences contradictoires, mauvaise communication, horaires de travail décalés, absence d’objectifs, …)
– aux relations de travail : manque de soutien social, reconnaissance insuffisante, isolement, conflits, …
– à l’environnement physique : bruit, chaleur, manque d’espace, …
– à l’environnement socio-économique : compétitivité, concurrence, …

QUELS SONT LES EFFETS DU STRESS SUR LA SANTÉ ? (Source INRS)

Nous évoquerons ici les effets liés aux situations de stress chronique (= lorsque la personne est confrontée dans le cadre de son travail à des contraintes durables).

– Symptômes physiques
Douleurs musculaires, articulaires, troubles du sommeil, fatigue, épuisement, …
– Symptômes émotionnels
Hypersensibilité, nervosité accrue, crises de larmes, crises de nerfs, sentiment d’usure, angoisse, excitation, tristesse, mal-être, …
– Symptômes intellectuels
Troubles de la concentration, de l’attention, de la mémoire (oublis, erreurs), difficulté à prendre des initiatives et des décisions, jugements erronés, lenteur excessive du raisonnement, …
– Symptômes comportementaux
Recours à des produits calmants (somnifères, cannabis, …) ou excitants (alcool, tabac, …), inhibition, repli sur soi, négligences ou dégradation de matériel, …
– Pathologies graves
Maladies cardiovasculaires, troubles musculo-squelettiques (T.M.S), dépressions, infections récurrentes.

QUEL EST LE COÛT DU STRESS ?

Nous avons ci-dessus que le stress coûte cher aux individus. Mais il coûte également cher aux entreprises et à la société.

Ainsi, d’après une étude réalisée aux Etats-Unis en 1990 par Karasek et Theorell, le coût total du stress dû notamment à l’absentéisme, aux pertes de production, aux dommages et intérêts ainsi qu’aux dépenses médicales directes s’élève à plus de 150 milliards de dollars par mois, soit 1800 milliards de dollars par an.

Par ailleurs, en Europe, en 2002, l’Agence européenne pour la sécurité et la santé au travail a présenté un rapport consacré à la recherche sur le stress lié au travail. Son constat, à l’époque était déjà accablant : près d’un européen sur deux se déclarait être victime du stress ; il était estimé que près de 50% des journées de travail perdues lui incombaient directement ce qui représente 20 millions d’euros par an (frais de santé, perte de productivité, absentéisme).

Enfin, en France, les dépenses totales de la branche « accident du travail et maladies professionnelles dus au stress » coûtent 800 à 1600 millions d’euros par an à l’assurance maladie. De plus, les T.M.S. (ou Troubles Musculo-Squelettiques) représentent 7 millions de journées de travail perdues en 2006 soit 70 % des maladies professionnelles en France, cause d’un arrêt maladie sur quatre.

Or, l’entreprise n’étant pas par vocation philanthropique, son engagement dans une démarche de prévention du stress doit nécessairement passer par une mesure la plus objective du coût du stress.
Et, ce sont tout d’abord l’absentéisme et le turnover qui apparaissent comme les effets du stress les plus pénalisants pour l’entreprise.

Néanmoins, d’autres conséquences du stress peuvent également être observées et, le cas échéant, quantifiées comme : les difficultés de recrutement, les accidents du travail, la démotivation, la baisse de créativité, la démotivation, la productivité moindre, le taux de rebut et de malfaçon, la gestion des réclamations, les atteintes à l’image de l’entreprise, la dégradation du climat social, les grèves, …

QUELS SONT LES SIGNAUX D’ALERTE ?

Il existe un nombre important d’indicateurs des risques psychosociaux. Néanmoins, on peut distinguer :

Les indicateurs spécifiques en amont
Ces indicateurs expliquent les dangers encourus :
1) les ressources disponibles,
2) la gestion de la tâche,
3) les risques,
4) la planification de la tâche,
5) la gestion du temps,
6) la confiance en l’avenir.

Les indicateurs spécifiques en aval
Ces indicateurs portent sur les conséquences de l’occurrence de ces risques. Celles-ci sont de trois types : celles qui portent sur le comportement personnel de l’individu lui-même (addictions, dépression, suicide, violence, troubles musculo-squelettiques, hypertension artérielle, accidents du travail, …) et celles qui portent sur les comportements sociaux (absentéisme, arrêts de travail, taux de rotation dans l’emploi, tensions sociales, conflits, …) et celles qui portent sur l’entreprise (désorganisation du travail, malfaçons, rebuts, détérioration du matériel, vols, atteinte de l’image de l’entreprise, non-respect des délais de livraison, insatisfaction des clients, …).

POURQUOI EST-IL NÉCESSAIRE D’AGIR ? (Source INRS)

L’article L.230-2 du code du travail définit l’obligation générale de sécurité qui incombe à l’employeur : il lui revient de prendre les mesures nécessaires pour assurer et protéger la santé physique, mentale et la sécurité de ses salariés.
Pour satisfaire à cette obligation, le chef d’entreprise peut s’appuyer sur les principes généraux de prévention qui s’appliquent quels que soient les risques.

Parmi ces principes, figurent notamment la nécessité …
• d’évaluer les risques :
Cette évaluation doit concerner tous les risques auxquels peuvent être exposés les salariés qu’ils concernent la sécurité, la santé physique ou la santé mentale.
• de combattre le risque à la source :
Prévenir l’état de stress, c’est d’abord et avant de promouvoir au sein des entreprises des modes d’organisation non délétères pour la santé des salariés (Ex. adapter le contenu et la charge de travail aux ressources des travailleurs, définir clairement les rôles et les responsabilités de chacun, améliorer la communication, …).
• d’adapter le travail à l’homme (et non l’inverse) :
En particulier en ce qui concerne les méthodes de travail et de production, la conception des postes de travail, le choix des équipements, …
• de planifier la prévention :
En y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l’organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales, l’influence des facteurs ambiants, …

Pour aller plus loin, lire l’article : « Prévenir le stress  au travail, une démarche en 7 étapes ».http://mariettestrub.com/prevenir-le-stre…rche-en-7-etapes/

Mariette Strub

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