Vous êtes formateur, tuteur, manager ?

Alors, il est important pour vous, de savoir si le mode d’entrée en formation (voir article « Pour quelles raisons apprend-on : 5 profils de participants ») de la personne correspond à son besoin le plus sensible. SI c’est le cas, sa fragilité sera maximale. Par voie de conséquence, si vous n’intégrez pas cet élément dans la relation pédagogique, vous prendrez le risque de devoir gérer un « participant difficile ».

CAS n°1 : Le participant veut monter en compétences / il présente un fort besoin de sécurité

– Peur : Ne pas être capable d’apprendre, se montrer incompétent. Être pris de court. Être faible, vulnérable et dépendant.

– Symptômes négatifs : Forte résistance aux changements, toute nouveauté étant perçue comme un obstacle potentiellement insurmontable. Cela se traduit pas des objections : « c’est trop difficile », « je n’y arriverais pas », « je ne vois pas l’intérêt », … Tendance parfois à l’auto-sabotage. Il demande d’être accompagné tout en refusant de l’être. Il peut être froid et possède en général un grand contrôle émotionnel.

– Comment gérer : Soyez rassurant, valorisez et proposez une gradation dans la difficulté des exercices. Explicitez les mots de jargon, les sigles et les abréviations. Soyez accessible et humble tout en faisant preuve d’expertise dans votre domaine d’intervention : vous savez (vous savez faire) mais vous n’en faites pas étalage.

CAS n°2 : Le participant veut prendre du recul et partager / il présente un fort besoin d’affiliation

– Peur : Peur de la solitude et du rejet. Ne pas pouvoir échanger pendant la formation avec les autres participants. Rester dans des préoccupations opérationnelles. Avoir un formateur expert, dans un dispositif pédagogique de type expositif centré sur le contenu et pas sur le processus.

– Symptômes négatifs : Bavardages, allongement des temps informels (repas et pauses). Paradoxalement, peut-être, une difficulté à couper avec son environnement professionnel : coup de téléphone, départ précipité au bureau, manque d’investissement car soucieux ou préoccupé.

– Comment gérer : Assurez-vous que vous avez ménagé dans votre conducteur d’animation des moments de débat, de partage et d’échange. Favorisez la convivialité et veillez à la cohésion du groupe. Recadrez la personne lorsqu’elle dérape. Sachez l’associer aux moments d’analyse et débriefer pour lui permettre d’adopter une position Méta.

CAS n°3 : Le participant veut prouver ce dont il est capable / il présente un fort besoin de reconnaissance

– Peur : Peur de l’échec et de ne pas être méritant.

– Symptômes négatifs : Tendance à monopoliser la parole et à jouer le rôle du « petit prof » ou du « M. Je sais tout ». Il peut être exigeant, moralisateur et dans la polémique tant vis-à-vis du formateur que des autres participants. Il a souvent tendance à mobiliser le formateur pour lui tout seul, en attente de signes de reconnaissance, négligeant ainsi le reste du groupe. Paradoxalement, le participant peut souffrir du syndrome de l’imposteur.

– Comment gérer : Valorisez la personne et proposez-lui ponctuellement d’apporter son savoir au groupe. Donnez-lui des responsabilités. Respectez sa parole. Ne tentez surtout pas de lui prouver qu’elle a tort ou que vous avez raison. Sachez user de la reformulation synthèse pour reprendre la main et osez recadrer.

CAS n°4 : Le participant veut sortir de la routine et enrichir ses compétences / il présente un fort besoin de stimulation

– Peur : Peur du vide, du manque et de l’ennui.

– Symptômes négatifs : C’est un jouisseur qui a une faible tolérance à la frustration. Il peut donc être tyrannique (« tout, tout de suite »). Il veut aller vite, est impatient, souvent en retard, il a toujours plusieurs tâches sur le feu. D’où une certaine agitation, une instabilité physique, une faible capacité à rester concentré, une tendance à survoler le travail demandé et un manque de fiabilité.

– Comment gérer : Respectez la durée d’attention : lors des exposés, apportez des micro-changements toutes les trois minutes (intonation, volume, débit, attitude corporelle, niveau de langue, registre sensoriel du vocabulaire, …).
Respectez la durée d’activité : un exposé n’excèdera pas plus de 20 mn et une activité, pas plus de 45 mn. Proposez un éventail d’exercices variés, et si possible, ludiques. Adoptez une attitude dynamique.

CAS n°5 : Le participant veut se développer / il présente un fort besoin d’auto-réalisation

– Peur : Peur de ne pas réussir à la hauteur de ses propres exigences. Peur de l’arbitraire, de l’insensé et de l’inexplicable. Peur de la l’imperfection, de l’à-peu-près et de la dysharmonie. Peur de perdre le contrôle des situations et des personnes.

– Symptômes négatifs : Jamais satisfait, exigent, rigide et plein de principes. Il n’ose pas se lancer dans de nouvelles expériences de peur de se tromper, ce qui peut conduire à de l’immobilisme. Il remet en cause le bien fondé de ce qui est enseigné et de la façon dont le savoir est dispensé. Il a du mal à se laisser aller et à accepter de ne pas comprendre ou de ne pas savoir. Sa question fétiche commence par « Pourquoi ».

– Comment gérer : Exposez dans votre topo d’introduction le programme de la formation pour en démontrer la logique de progression. Pour chaque exercice, énoncez les objectifs pédagogiques. Soyez au clair sur vos partis pris pédagogique tout en sachant restez souples si nécessaires. Sachez être rassurant et montrez aux participants comment tirer les enseignements utiles de leurs erreurs (« Qu’est-ce qui s’est passé ? », « Quoi faire de différent ? », « Qu’est-ce que cette expérience m’a appris ? »). Soyez rigoureux dans vos apports, citez vos sources et osez dire quand vous ne savez pas répondre. Personne n’est parfait, même vous !

J’espère que vous saurez tirer profit de ces réflexions et de ces conseils.

Mariette Strub

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